II. Perception de la Musique

La perception auditive comprend principalement deux grandes étapes nécessaires au cheminement du son, de sa source à la propagation dans l’oreille et enfin jusqu’ au traitement effectué par le cerveau. En effet, nous avons tendance à ne pas prendre en compte le rôle majeur du cerveau quand nous parlons de perception auditive mais  une vibration ne crée pas un son. Ce dernier va naître et se former dans le cerveau après que celui-ci ait reçu le signal de la vibration, le son n’existe pas en dehors du cerveau. La musique va alors véhiculer des  émotions touchant plus ou moins les individus en fonction de leur sensibilité, de leur style de vie, de leur état psychologique. La musique peut être utilisée à des fins thérapeutiques afin de soigner,de traiter des troubles neurologiques.
 
 
A. Le système auditif
 
L'oreille est l'organe qui nous permet de percevoir les sons. De nombreux mécanismes interviennent pour permettre à l'organisme de percevoir les sons. Une grande partie des mécanismes auditifs se situe à l'intérieur de l'oreille et n'est  pas visible extérieurement.
 
L'oreille est composée de trois grandes parties :
 
-  l'oreille externe
-  l'oreille moyenne
-  l'oreille interne
 
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a - L'oreille externe :

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L'oreille externe est composée de trois éléments :
 
- Le pavillon qui a la forme d'un entonnoir.Il est formé d'un cartillage élastique qui est recouvert de peau. Il permet de localiser la source sonore et de capter les sons.
 
- Le conduit auditif a pour rôle de canaliser, amplifier et de faire converger les vibrations sonores (vibrations de l'air produites par le son) vers le tympan.
 
-  Le tympan est une fine membrane (0,1mm), fibreuse, élastique, mince mais résistante. Il a une forme circulaire, d'environ 1 cm de diamètre. Le tympan vibre au moindre heurt causé par une vibration sonore. Il permet d'augmenter l'intensité de ces vibrations et les transforment en vibrations mécaniques. Il fait passer le son de l'extérieur (air puis oreille externe) vers l'intérieur (oreille moyenne). Le tympan sépare l'oreille externe de l'oreille moyenne.
 
 
b - L'oreille moyenne :

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L'oreille moyenne, aussi appelée « caisse du tympan » est une cavité remplie d'air, elle se compose principalement des osselets et de la trompe d'Eustache.

Les trois osselets :  marteau, enclume et étrier, sont les trois plus petits os du corps humain. Ces trois os sont connectés au tympan (le marteau est collé au tympan) et sont reliés entre eux par des ligaments. Derrière le tympan,  il y a toute un mécanisme : quand la membrane vibre, le marteau vibre et il met en mouvement l'enclume puis l'étrier qui va, en se contractant, bloquer les vibrations trop importantes qui pourraient-être dangereuses. Cette disposition  amplifie la vibration du tympan.
 
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 Les trois osselets de l'oreille moyenne

La trompe d'Eustache : relie l'oreille moyenne et le pharynx. Normalement fermée et aplatie mais s'ouvrant à la déglutition ou au bâillement. La trompe d'Eustache permet d'équilibrer la pression de l'air entre l'oreille moyenne et l'environnement, notamment lors de la descente, ou de la montée, en altitude ou en voiture.
 
c - L'oreille interne :
oreille2-2.jpgSystème auditif

 
Derrière l’étrier il y a la Cochlée: récipient en forme de colimaçon qui contient un liquide (endolymphe) dans lequel baigne des cils (cellules cilliés). Quand l'étrier appuie sur la membrane de la Cochlée (fenêtre ovale), le liquide bouge et les cils vibrent. En vibrant les cellules cilliés vont produire des petites décharges électriques qui sont transmises au cerveau par l'intermédiaire du nerf auditif contenu dans l’axe creux autour duquel s’enroule le limaçon osseux(Cochlée). Des signaux nerveux sont créés.
 
 
B. Le système nerveux
 
Le système nerveux est formé du cerveau, de la moëlle épinière et de nerfs disséminés partout dans l’organisme. Pour distinguer les centres de commande des voies d'information, on subdivise le système nerveux en deux :
 
* Le système nerveux central : c'est le cerveau et son prolongement naturel, la moelle épinière, est située au centre de notre colonne vertébrale. Cette dernière offre, avec le crâne, une véritable armure au précieux système nerveux central.
 
* Le système nerveux périphérique : ce sont les nerfs dont certains recueillent de l'information et d'autres diffusent les ordres. Les nerfs du visage entrent et sortent directement du cerveau. D'autres atteignent le cerveau en passant par la moelle épinière.
 
 
a - Informations sur le système nerveux central
 
  • La zone orange du cerveau traite les informations sonores, elle est connue comme cortex auditif et cette zone stimulée par le son est le lobe temporal. Lorqu'une aire du cerveau participe à l'execution d'une tâch, les neurones sont actifs, ce qui augmente le débit sanguin. La tomographie par émission de positons(TEP) permet de mesurer ce débit, et de mesurer ainsi l'activité du cortex cerebral et observer quel partie de ce cortex fonctionne, dans notre cas, le cortex auditif.
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  • Les deux hémisphères du cerveau sont mis à contribution, même si ils jouent des rôles différents. La partie gauche prendrait en charge le rythme, la mélodie tandis que  l’harmonie serait plutôt du ressort du droit. 

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  Hémisphères du cerveau vu d'en haut
 
b - Le cerveau et ses régions
 
* Le cortex : couche de substance grise répartie en 2 hémisphères et qui élabore une perception consciente de l’environnement.
* Le cervelet : en forme de chou-fleur. Il est disposé derrière le cerveau et coordonne nos mouvements.
* Tronc cérébral : il supervise les comportements automatiques, indispensable à la survie, telle la respiration. Il est situé dans le prolongement de la moelle épinière.
* Hypothalamus : glande qui gère la faim, la soif, la température du corps, la digestion et les battements du cœur.
* Hypophyse : petite glande de la taille et de la forme d'un pois, joue un rôle capital dans la production d'hormones.
* Thalamus : il constitue le relais des voies optiques. C'est également le centre de réflexes émotionnels, une sensation y est déjà perçue comme plaisante ou désagréable.

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Le cerveau 
 
 
c - Informations sur le système nerveux périphérique :

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 Neurone
 
1-Les cellules nerveuses ou neurones forment le système nerveux et le cerveau. On peut distinguer 3 parties :
  • le corps cellulaire : d'un diamètre d'environ 50 microns (1 micron= 1 millième de millimètre)
  • des dendrites : ou prolongements courts du corps cellulaire. Dans le cerveau, un seul neurone peut avoir 50 000 dendrites.
  • l'axone : long filament qui permet de faire passer les messages électriques d'un neurone a l'autre. La longueur de l'axone peut varier de quelques dizaines de microns à plusieurs centimètres.

Les neurones établissent entre eux des liaisons et forment des chaînes de neurones constituant une organisation en réseau. Les neurones sont des cellules excitables qui reçoivent et transmettent des signaux de nature électrochimique. Les dendrites reçoivent les signaux et les axones les transmettent. Chaque neurone peut recevoir des informations de nombreux autres neurones et en transmettre à une multitude d'autres. On peut dénombrer environ 250 000 liaisons.

 
2-Le transfert d'information d'un neurone à l'autre s'effectue au niveau des synapses. À ce niveau, les membranes des neurones en communication sont séparées par un espace synaptique. Les signaux électriques ne pouvant franchir cet espace, la communication entre deux neurones se fait par l'intermédiaire de substances chimiques appelées neurotransmetteurs.
 Elles sont produites par le neurone qui envoie le message et reconnues par le neurone qui le reçoit et elles sont differentent suivant les synapses.
La communication dans une chaîne de neurones se fait dans un seul sens. Un neurone est en contact avec plusieurs autres neurones, donc il reçoit en permanence de nombreux messages chimiques au niveau des différentes synapses. Il les prend tous en compte pour élaborer son propre message nerveux qu'il va transmettre. Ainsi le neurone n'est pas un simple relais mais une unité de traitement de l'information.


3-Le nerf auditif est chargé de transmettre au cerveau les petites décharges électriques envoyées par les cellules cillées, ce qui est réalisable grâce à la connexion de chaque fibre du nerf auditif avec une cellule ciliée particulière. Et le nerf est capable d’effectuer cette opération avec n’importe quelle fréquence car chaque groupe de cellules ciliées n’est activé que pour un ensemble limité de fréquences de vibration. Les fréquences aiguës sont par exemple détectées par les cellules de la base de la cochlée, les fréquences graves par les cellules de son extrémité.
 
Chaque vibration est donc transformée par le nerf auditif en message électrique qui est ensuite dirigé vers le cortex cérébral via plusieurs étapes : le noyau cochléaire, le complexe olivaire, le noyau du lemniscus latéral, le colliculus inférieur et le corps genouillé médian du thalamus. Tout au long de ce trajet, les signaux nerveux électriques subissent des transformations dues aux caractéristiques de l’activité des neurones, avant d’arriver au cortex auditif où ils sont triés, analysés, comparés à une base de données sonores, mémorisés, puis identifiés, et enfin traduits en sensation nerveuse.
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Parcours des signaux électriques atteignant le cortex cerébral 

 
C. La psychoacoustique
 
Cependant, plusieurs mécanismes complexes : physiologiques, psychiques, émotionnels rentrent en compte durant le traitement des signaux nerveux. L'étude de ces phénomènes a donné lieu à la science de la psychoacoustique : elle étudie comment la nature et les propriétés des ondes sonores sont captées par le système auditif et la manière dont elles sont interprétées par le cerveau. Ce dernier est très important car, premièrement, il fournit un gros travail d'analyse pour distinguer, reconnaître et évaluer les sons. Il permet aussi d’obtenir le lien entre les 2 oreilles afin de situer les sons dans l'espace. Et pour finir, il aide à reconnaître un instrument de musique ou une personne précise.               
 
La perception peut varier d’un individu à un autre en fonction de son système auditif (voir système auditif), du filtrage effectué par ce système et des facultés neurologiques (système nerveux). D'autres facteurs peuvent influencer notamment sur la perte d'audition tels que l'âge ou l’exposition à de trop grosses amplitudes sonores.
La musique véhicule de l'émotion et les informations recueillies par l'ouïe ne peuvent pas être mesurées sur une échelle de mesure continue, on parle alors plus de domaine qualitatif que quantitatif. Des études scientifiques ont prouvé que la musique a effectivement un effet sur le corps humain. La musique peut être perçue et utilisée à des fins thérapeutiques, c'est ce que nous allons voir dans notre dernière partie, la musicothérapie. Cette science se définit donc comme l’utilisation de la musique, du son, de la voix et du corps à des fins thérapeutiques.
 
 
D. La musicothérapie
 
La musicothérapie a des racines très anciennes. Avant même cette appellation, on utilisait la musique pour adoucir la douleur ou la souffrance psychologique. La musicothérapie moderne est née entre la Première et la Seconde Guerre mondiale aux Etats-Unis.

Pour vérifier l'incidence de la musique à des fins thérapeutique, deux jeunes chercheurs Mathieu Roy, doctorat en psychologie traitant de l'effet de la musique sur la douleur, et son collègue Jean-Philippe Mailhot, étudiant à la Faculté de médecine, ont mis au point la première expérience cherchant à constater que lors de l'observation d'un réflexe lié a une émotion, seule, la musique peut être la cause de ce réflexe. Ils ont pris comme réflexe émotionnel le clignement des yeux : "Le sursaut est un mécanisme de défense inconscient et l'une de ses composantes est le clignement des yeux", explique-t-il.
 
L’expérience consistait à faire écouter à un individu une quinzaine d’œuvres , les unes reconnues pour être agréables et les autres désagréables. L'audition était entrecoupée de bruits blancs de 100 décibels destinés à provoquer un sursaut et le clignement des yeux. Le clignement des yeux est un indicateur du niveau d'anxiété de l'individu. On peut donc en déduire que si différentes musiques peuvent provoquer du stress ou de la joie, cela devrait donc pouvoir s'observer sur le clignement des yeux donc selon l'hypothèse des chercheurs : les clignements allaient être plus intenses avec la musique désagréable alors que la musique agréable allait freiner le réflexe. Les clignements des yeux ont été mesurés par l'activité électrique de muscles du visage

 
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Les clignements des yeux ont été mesurés par l'activité électrique de muscles du visage.

 
Les résultats ont confirmé cette hypothèse. Avec la musique désagréable, les clignements sont plus intenses, plus rapides et plus fréquents qu'avec la musique agréable. Le clignement étant révélateur d’un état de stress, ces résultats montrent que lorsque que le sujet écoutait une musique désagréable, il ressentait du stress, ce qui prouve que cette musique en était la cause.
Selon les deux jeunes chercheurs, les résultats obtenus sont donc une nouvelle preuve et valident l’utilité de la musique en thérapie. En effet, si la musique peut susciter des émotions qui réduisent l’activité des mécanismes de défense, elle peut donc être utilisée pour alléger des états émotionnels déplaisants comme l’anxiété, la dépression ou la douleur. Et la musique agréable permet de réduire la douleur grâce à l’émotion positive qu’elle engendre.
La musicothérapie est utilisée pour traiter des troubles neurologiques divers tels que la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson, les troubles du langage, l’autisme et d’autres troubles du comportement. Elle améliore également la qualité de vie des malades.
 
 
 
Nous avons exposé au cours de cette étude le cheminement du son : de la source sonore à l' oreille,  grâce au système auditif, et de l'oreille jusqu'au système nerveux.
Le ressenti de ce parcours assez complexe peut varier en fonction des individus ne possédant pas tous les mêmes atouts en fonction de l'état psychologique de la personne, de son environnement, etc...
On peut également avoir recours à la musique en thérapie comme nous le confirme l'étude des deux jeunes chercheurs pour soigner des troubles neurologiques et réduire la douleur grâce aux émotions transmises. Mais certains "cognitivistes" qui revendiquent l'hypothèse que la pensée est un processus de traitement de l'information estiment que nous ne ressentons aucune émotion associée à une musique mais que nous la reconnaissons seulement. Pourtant le pouvoir de la musique à susciter des émotions est bien exploité dans les publicités, les films, ou encore lorsque les mamans bercent leurs enfants en eur chantant des mélodies calmantes ou apaisantes.
 
 
 
"Sans la musique, la vie serait une erreur".    Friedrich Nietzsche
 

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